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Histoire de la Vallée de la Matapédia

L’histoire de La Matapédia remonte bien avant l’arrivée de l’homme blanc. Ce sont  effectivement les Mic Macs qui ont sillonné les premiers le territoire matapédien. En 1603, Samuel de Champlain, alors sans titre officiel, accompagnait le capitaine François Gravé du Pont en Gaspésie. Les Mic Macs qu’il a rencontrés dans la Baie-des-Chaleurs lui ont mentionné l’existence de ce territoire. Ils connaissaient bien l’endroit car ils y accédaient par la rivière et le lac Matapédia. Ils s’y rendaient pour chasser et pour y pêcher le saumon. Ils empruntaient aussi des sentiers à la tête du lac Matapédia afin d’atteindre le fleuve Saint-Laurent.

 Le territoire ne semble pas tellement avoir intéressé Champlain. Il faudra donc attendre en 1694 pour qu’une partie de celui-ci, la Seigneurie du lac Matapédia, soit concédée par Louis de Buade, comte de Frontenac et gouverneur du Canada, à Charles-Nicolas-Joseph D’Amours de Louviers. Malgré le serment de D’Amours envers le roi de France de tenir feu et lieu sur sa nouvelle propriété, aucun colon n’est venu s’y installer.

Il faudra attendre jusqu’au XIXe siècle avec l’implantation d’un réseau de communication pour amorcer la colonisation de La Matapédia. En 1812, les Etats-Unis étaient en guerre avec l’Angleterre pour des raisons de conflits territoriaux, d'une rivalité économique et de tentatives de la part des Britanniques de contrôler le commerce transatlantique. Les États-Unis tentèrent donc d’envahir le Canada, alors une colonie britannique. Cet événement a obligé les autorités du Bas-Canada à améliorer son réseau routier pour assurer une meilleure défense du pays. Puisque la route déjà existante, celle du Témiscouata, était dans un état lamentable, un nouveau passage a été envisagé pour atteindre les provinces maritimes : la vallée de la Matapédia. En 1824 et en 1829, le gouvernement du Bas-Canada a exploré ce territoire pratiquement vierge pour déterminer le tracé d’une route entre Métis et Restigouche. Les travaux de construction du Chemin Kempt, qui longeait le lac et la rivière Matapédia, se sont échelonnés de 1830 à 1832.

 Pierre Brochu fut en 1833 le premier habitant à s’installer dans La Matapédia. Il était gardien du poste situé à la tête du Lac Matapédia. Il devait héberger les voyageurs et les postillons et les secourir au besoin. D’autres postes ont ensuite été installés, notamment à Causapscal (1839), Assemetquagan (1845) et Amqui (1847-48). Jusqu'à la Confédération en 1867, seulement 7 ou 8 familles habitaient la vallée de la Matapédia.

Entre 1861 et 1865, alors que la guerre de Sécession faisait rage aux Etats-Unis, le Canada, habité à nouveau par la crainte d’être envahi par les Américains, améliora la qualité de son réseau routier. De 1862 à 1867, le Chemin Kempt a donc été l’objet d’importants travaux pour permettre le transport d’artillerie lourde. C’est cependant la construction du chemin de fer Intercolonial qui a permis un accès facile et rapide de La Matapédia aux nouveaux colons. Le tracé, qui a été réalisé en 1849, fut accepté en 1868. En 1876, les premiers trains sillonnaient la vallée de la Matapédia, facilitant ainsi le transport des voyageurs et de la marchandise.

Le développement des moyens de communication a eu une incidence importante sur la colonisation du territoire. L’implantation successive de colonies de peuplement est évocatrice à ce sujet. Une première phase de la colonisation (milieu du XIXe siècle) est attribuable à la construction du Chemin Kempt et de l’Intercolonial. Elle se caractérise par l’établissement de colons dans le corridor du lac et de la rivière Matapédia. Progressivement seront occupés des territoires qui portent aujourd’hui le nom de municipalités comme Sayabec (1833), Val-Brillant (1833), Amqui (1847), Causapscal (1839), Lac-au-Saumon (1863) et Sainte-Florence (1875). Le haut-pays sera plus intensément peuplé au tournant du XXe siècle. On voit dès lors apparaître de petits hameaux qui deviendront plus tard des municipalités comme Albertville (1899), Saint-Cléophas (1909), Sainte-Marguerite-Marie (1914), Sainte-Irène (1914) et Saint-Vianney (1919).

 Comme dans plusieurs territoires de colonisation au XXe siècle, l’économie de la région  reposait sur l’agriculture et l’exploitation des ressources forestières. Si ce mode de vie fut d’abord une question de subsistance pour les colons nouvellement arrivés, de grandes industries n’ont toutefois pas tardé à constater l’immense potentiel forestier de la région. D’ailleurs, l’implantation de ces industries, comme la John Fenderson Co. (Sayabec, Val-Brillant, Amqui, Lac-au-Saumon et Albertville) et la Price (Lac-au-Saumon) a contribué à la croissance de plusieurs villages. Toutefois, la conjoncture économique des années 1950-1960, qui favorise l’expansion des multinationales, amènera plusieurs de ces entreprises à fermer leurs portes.

 De ce parcours, les Matapédiens ont acquis aujourd’hui la profonde conviction d'avoir en commun une histoire, celle de la colonisation et du peuplement d'un espace qui, dans la seconde moitié du XXe siècle, les amène à partager un mode de vie axé sur l'exploitation de la terre et de la forêt.  Dans une étude réalisée sur la vallée de la Matapédia en 1991, l'historien Guy Massicotte mentionne,  « que ceux qui y viennent et s'y implantent à demeure sont animés par une sensibilité, une idéologie commune, dont les traits essentiels sont l'adhésion au genre de vie agro-forestier et rural : proximité de la nature, entrepreneuriat agricole et forestier, solidarité sociale et communautaire, appartenance identitaire, etc. ».  Il est indéniable, dit-il, que « les Matapédiens ont une identité singulière et ont assumé et vécu un destin unique.  Ils ont façonné une société originale au sein du monde rural québécois ».

L’exode de la population, la diminution de l'activité économique et le sous-emploi du début des années 70, va amener les leaders locaux de La Matapédia à développer une approche solidaire pour redresser la situation.  C'est ainsi que dès 1976, ils mettent en commun, au sein du Conseil de comté, des ressources qu'ils mobilisent derrière des objectifs de prise en charge en matière de développement économique.

 Ces premiers pas vers le regroupement de services sont suivis d'une expérience pilote d'aménagement du territoire réalisée dans le cadre du projet de Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et, en 1982, de la mise en place de la Municipalité régionale de comté de La Matapédia, consécration d'une manifestation concrète du sentiment d'appartenance des citoyens à leur région.  Très rapidement, cette institution a incarné les valeurs de sa communauté et représenté une forme endogène d'intervention régionale dont les actions contribuent depuis à façonner l'identité matapédienne.  Une identité qui est une véritable source de fierté et de solidarité qui s'est à maintes reprises exprimée, au cours des 20 dernières années, dans plusieurs projets collectifs.

Joël Tremblay
Coordonnateur culturel
MRC de La Matapédia
123, Desbiens, local 501
Amqui (Québec)
G5J 3P9

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